[BILLET] J’ai d’abord traversé la frontière…

J’ai d’abord traversé la frontière. Une fois, deux fois, trois fois. Peut-être bien plus. Ou ce sont elles qui m’ont traversée. Je suis allée dans deux, trois, quatre, cinq pays différents. J’ai parlé trois langues et découvert une nouvelle. J’ai vécu trois hivers, pas de printemps, trois étés; un montréalais, un indien, un californien. J’ai connu le froid, le gel, le chaud, le désert. Je me suis d’abord prise une, puis deux, cinq baffes culturelles dans la gueule. Je me suis imprégnée d’une culture, d’un langage, d’un accent. Pour ensuite le perdre et me colorer d’autres parures. J’ai dansé le kompa et le reggaeton pour ensuite me défoncer le crâne au punk-garage de Long Beach. J’ai gravi des sommets où j’ai pu à la fois admirer la beauté du monde et détester l’hypocrisie de ces sociétés consommatrices névrosées. J’ai écouté le véritable silence de la nature. J’ai eu plusieurs maisons; dont la rue, une voiture, une caravane, un motel, un garage, un sol. J’ai tenté l’illicite de manière licite. J’ai perdu la raison; deux, quatre, dix fois. J’ai rencontré des tas de gens; des artistes, des indignés, des révoltés, des utopistes, des anarchistes, des hippies, des individualistes, des vieux cons, des névrosés qui tentent d’oublier la nouvelle Amérique trumpiste, des punks politisés, des oubliés, des fous, des incompris, des désenchantés, des trans, des queers, des cisgenres, des homosexuels. Ah oui, j’ai connu une élection, et évité de peu un ouragan dévastateur. Je me suis sentie d’ici, d’ailleurs, étrangère, compatriote. J’ai compté mon argent en dollars, en gourdes, en pesos. J’en ai oublié mon euro. J’ai traversé les fuseaux horaires jusqu’à en perdre mon horloge interne. Je me suis coupée d’internet, éteint mon téléphone, mon mac. J’ai observé, écouté. J’ai vécu un lundi comme un samedi, et la nuit comme si c’était le jour. Je me suis sentie libre, oppressée, dégoutée, différente, joviale, indignée, rebelle, heureuse, amoureuse. J’ai vécu 365 jours comme jamais.
Je suis en vie, tout simplement.

Textes et photos: Joséphine Van Glabeke

ROAD TRIP CANADA-USA

 

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