[REPORTAGE] «Don’t stop to be angry!» La jeunesse révoltée par l’Amérique de Trump

Reportage pour Outside News

© Photo: Alan Scaviner

Un silence pesant gronde dans le downtown de Santa Cruz. Nous sommes le 9 novembre au soir, lendemain des élections américaines nommant Donald Trump 45ème Président des Etats-Unis. Quelques minutes plus tôt, des milliers d’étudiants de l’Université de Santa Cruz et du College Cabrillo, rapidement rejoint par un groupe LGBTQIA+-, criaient leur indignation à travers la ville. «No cops, no KKK, no facist USA!» scandaient certains d’entre eux.

Le cortège vient de s’arrêter sur Pacific Avenue, près du camion de la Liberté (Freedom Truck) du militant Curtis Reliford, qui installe un open-mic au milieu de la rue. Face à la foule, plusieurs manifestants décident alors d’exprimer leur crainte, leur colère, de partager leurs histoires et expériences personnelles. «Don’t be afraid to cry, don’t be afraid to cry your anger!» clame cette jeune collégienne; «We are making history right now» se félicite Curtis Reliford. Les témoignages sont touchants. «I am a girl, I am queer, and I’m white. In this country, every white will be Ok. But as a white, I’m gonna do everything I can to help YOU!» La plupart des manifestants sont d’origine latine et mexicaine. Certains pleurent, certains crient, mais aucun ne semble désespéré.

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© Photo: Alan Scaviner

Après plus d’une heure de micro-ouvert, nous avons décidé de tendre notre carnet de note à tous ces jeunes qui ont osé prendre la parole. Nous leur avons demandé d’écrire eux-même leur histoire et leur ressenti. Ces témoignages sont remplis d’émotions et de colère. Ces témoignages sont leur histoire.

 

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© Photo: Alan Scaviner

Indy Lindley, 14 ans

Je suis mexicain et je suis un transboy. Aujourd’hui, je me sens attaqué dans mon propre pays. Tout ce que je veux c’est un endroit sûr pour les jeunes et les gens, parce que si nous ne pouvons pas vivre heureux dans notre propre pays, alors dans quel genre de pays vivons-nous? Je suis victime de discrimination de presque toutes les manières possibles et imaginables, mais je suis prêt à défendre toutes les personnes qui sont blessées par les gens qui prennent pouvoir de la nation et qu’ils appellent leur «chez soi». Tous les gens de toutes les couleurs et orientations méritent l’amour et le respect, et je suis prêt à lutter pour cela.

 

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© Photo: Alan Scaviner

Cheyenne, 17 ans

Je suis Latino-Américaine. Je ne peux pas voter parce que je suis mineure, et aujourd’hui je me sens vraiment bouleversée par les gens. Ce soir, j’ai décidé de raconter mon histoire à tout le monde. Quand j’avais 14 ans, j’ai été violée par quelqu’un que je considérais comme mon meilleur ami. Pendant les quatre années qui ont suivi, j’ai pensé que ma vie était ruinée. J’ai appris à vivre avec et à aller de l’avant. Et maintenant je suis fière d’être qui je suis. Je me sens plus forte. Mais aujourd’hui, j’ai peur. Un homme misogyne et très dangereux a été désigné comme le nouveau président de ce pays. Ce même homme est également accusé du viol d’une jeune fille de 13 ans. C’est inacceptable et c’est un manque de considération pour ceux qui ont vécu une telle situation. En Amérique, 1 fille sur 3 a été agressée sexuellement*. Presque tous mes amis ont été maltraités au moins une fois. Je ne me sens pas représentée par un homme qui accepte cela.
*Dans le monde près d’une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentatives de viol au cours de son existence.

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© Photo: Alan Scaviner

Isabella, 17 ans

Je suis une femme de 16 ans et ici, les jeunes de 16 ans ne peuvent pas voter ce qui signifie que nos voix ne sont pas entendues. Je suis aussi une femme bisexuelle et il m’a pris presque toute ma vie d’adolescente pour m’ adapter et m’ accepter et me sentir à l’aise avec cela. Récemment, Mike Pence, le nouveau vice-président élu, a déclaré que Donald Trump sera un President fermement anti-LGBTQ +, ce qui signifie que tous les droits que la communauté queer a réussi à obtenir seront annulés.

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© Photo: Alan Scaviner

Maggie, 17 ans

Mon nom est Maggie, j’ai 16 ans et je suis non-binaire (genre non binaire, donc ni masculin et ni féminin). J’ai peur pour moi et pour mes amis qui souffrent beaucoup plus que moi. Je n’ai pas pu voter hier et j’ai l’impression que ma voix est réduite au silence. Je suis en colère. On m’a dit de ne pas l’être, et cela ne me rend encore plus en colère. Je veux que tout le monde sache que je les aime pour qui ils sont et que tout le monde devrait être traité de manière égale. S’il vous plaît, utilisez votre colère pour aider à apporter des changements qui viendront en aide à tout le monde.

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© Photo: Alan Scaviner

Alejandra Hernandez

Je suis Mexico-Américaine, gay, et je me sens mal-aimée. Trump ne tient pas compte des minorités. Il me déteste. Il déteste qui je suis. Je suis ici aujourd’hui parce que je m’aime. J’aime qui je suis, je suis fière. J’ai été témoin de racisme et d’homophobie. Ça me fait peur. Après cette élection, je n’ai pas seulement peur, mais je suis triste, déprimée. Mon peuple est considéré comme des criminels et des violeurs. Mais nous sommes travailleurs. Je porte un T-shirt qui dit, en espagnol,: «Le peuple gouverne et le gouvernement doit lui obéir.» Après aujourd’hui, je vais vivre avec cette phrase comme leitmotiv. Après cette élection, je ne me sentirai plus américaine parce que j’ai honte de l’être. Nous avons un président qui ne nous aime pas. Nous devrions tous défendre les gens qui se sentent mal aimés, et se serrer les coudes.

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© Photo: Alan Scaviner

Emmanuel (Manny) Garcia, alias EVRE

Je suis une artiste autochtone à double spiritualité, une chanteuse de rap et une guérisseuse. Mon peuple a subi des siècles de viols, de meurtres, d’exploitation, d’esclavage et de haine. Le monde doit se lever et incarner des valeurs sacrées; construire des communautés, s’aimer et se protéger, nourrir la terre et fortifier nos esprits. Organisez-vous dans votre quartier, libérez-vous de la dépendance envers les pistes et les ressources capitalistes et corporatives. Nos actions affectent le monde autour de nous à un niveau plus profond que nous ne pourrons jamais voir ni comprendre. Agissons maintenant, nous sommes UN!

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© Photo: Alan Scaviner

Emmanuel Ballesteros, des Brown Berets de Watsonville

En tant qu’organisation de défense des droits et libertés, nous ne supporterons aucunement une personne qui critique des communautés et divise les populations. We are all one people!

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© Photo: Alan Scaviner

Kaya, 27 ans

J’ai la chance d’être enseignante et de travailler tous les jours avec les enfants. Ma classe d’ enfants de 4 à 7 ans est hispanique à 50%. J’enseigne l’art. Cela signifie que ma classe est un endroit où les enfants peuvent s’exprimer. Aujourd’hui, une ambiance très particulière règnait dans la classe. Je pouvais sentir la peur de certains de mes élèves. Mais j’ai vu beaucoup de compassion entre les enfants. Je pense que la chose la plus importante est que nous traitions tout le monde avec amour et respect, indépendamment de ce qui se passe. Nos enfants ont la possibilité de briser le cycle et nous devons faire tout notre possible pour assurer cela! Je ne connais pas la réponse à notre situation, mais l’amour est un bon début.

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