[Reportage] Ma FrancoFolie à moi, sur les toits de montréal

19 juin 2016. En cette fin de semaine estivale, la fête bat son plein dans toutes les rues de Montréal. Sur le boulevard Saint-Laurent, le festival d’art urbain MURAL boucle sa quatrième édition. Place des arts, ce sont les rythmes des FrancoFolies qui forment un écho entre les buildings du downtown. Dans cette ambiance globale de réjouissances éphémères, la ville est prise d’assaut de toute part.

Pendant ce temps-là, d’autres préfèrent faire la fête, perchés. Au dessus de la rue du Bullion, un vieux toit en bois à peine aménagé se prépare pour une soirée-concert privée de trois heures. Prévenue sur Facebook de l’évènement, je me rends à ce parté non-conventionnel. Je traverse l’appartement du dernier étage- une collocation de cinq personnes, des français, canadiens – dont le batteur du groupe montréalais Chocolat–  où l’anglais et le français se confondent rapidement. Sur le toit, un mélange d’odeurs de barbecue et de pot – typique d’un mois de juin à Montréal- remonte jusque là, à cinq mètres au-dessus du sol.

Un groupe d’amis français, issu d’une nouvelle génération d’expatriés installée à Montréal, prépare son propre Francofolies. Une quarantaine de personnes ont déjà investi les lieux, avachis sur de vieux canapés aux motifs à fleurs, pour profiter de cet instant unique, au cœur du Plateau, vue sur le Mont-Royal.

Une fête Lorraine au pied du Mont-Royal
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Laura Cahen et son groupe, en première partie de soirée (Photo:Joséphine Van Glabeke)

A l’origine de cet évènement privé, coordonné sur les réseaux sociaux, Chloé Bernard, une française en PVT (Permis-Vacances-Travail) à Montréal depuis un an. «Par passion», elle organise pour la seconde fois un concert improvisé sur le toit de cette grande collocation. L’été dernier, elle avait fait venir le groupe français Chapelier Fou, «des amis de Lorraine», sa région d’origine, alors en tournée dans la province. Son but: «proposer une nouvelle façon d’écouter la musique, et de partager un moment particulier, tous ensemble» dans «un endroit un peu atypique». Pour un moment suspendu au dessus de Montréal, où une sorte de «communion» s’installe, entre la musique, et le public.

Ce soir-là, Chloé a fait venir Laura Cahen, une chanteuse française originaire de Nancy. La jeune artiste et ses musiciens étaient d’ailleurs sur la scène Sirius XM la veille pour les Francofolies. En tournée au Québec depuis le 14 juin, le groupe Lorrain s’est produit sur la scène du Cercle à Québec, à Tadoussac, à Gatineau, puis Montréal. Avec son band, Laura Cahen partira ensuite à New York, pour la première fois.

A l’occasion de cette tournée, la chanteuse espère pouvoir collaborer avec des labels québécois, et développer son projet dans la province. Son premier album, signé Samy Osta (Feu! Chatterton, La Femme, Rover…), est en pleine préparation pour sa sortie en 2017.

L’expatriation de la scène française

18h. Le premier concert commence. Quelques câbles, deux grandes enceintes, une table de mixage et du matériel prêtés par-ci par-là font de ce toit en bois une scène improvisée.

Sous la chaleur étouffante de la ville, un souffle de pop-folk française vient rafraîchir les bières chaudes. Le public se laisse transporter par la voix mélodieuse et l’ultra-féminité naturelle de Laura Cahen. «C’est tellement agréable de pouvoir partager notre dernière soirée à Montréal, ici» se réjouit Julien Bensé, le bassiste, les yeux rivés vers l’horizon, et le pied au bord du vide, «on se laisse emporter, par les good vibes de cette ville». Ce concert privé perché sur les toits est aussi un moyen pour eux de faire découvrir leur musique à un public de jeunes expatriés. «On ressent un véritable goût pour la musique francophone à Montréal» constate Laura Cahen, «c’est agréable de jouer devant un public curieux, qui apprécie la musique française».  

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Parmi l’audience, la plupart des invités sont français. Des amis de Chloé, ou de «la colloc». Tous sont installés à Montréal et sa région depuis quelques temps. Tous sont «tombés en amour» avec la ville. «Les français que je connais n’ont plus jamais pu quitter Montréal» m’avoue un jeune franco-marocain. Cette soirée est bien le reflet d’une génération de français attirée par la foisonnante Montréal, son esprit créatif et sa fibre artistique métissée.

«Bonsoir les toits de Montréal!»

Pendant ce début de soirée, ça jase de tous les côtés. Ca fume, ça boit, ça chill. Certains se prennent en selfie, devant le coucher du soleil, ou devant le Mont-Royal. La chaleur et le vin blanc entretiennent la fatigue dominicale.

Vient alors la deuxième partie de la soirée, cadencée par la guitare électrique de MeLL, originaire Metz, en France. «Bonsoir les toits de Montréal!» crie-t-elle en introduction. Les gens se lèvent, se mettent à danser, rythmés par son rock’n roll francophone décalé- qui a d’ailleurs failli renverser la toiture en bois.

MeLL, 33 ans, est dans la musique depuis bientôt 17 ans. Lors de sa tournée au Québec en 2013, et de son passage aux Francofolies, elle aussi est «tombée en amour», avec la scène Montréalaise, et de sa blonde Sara, une Québécoise. Installée depuis deux ans dans la métropole près de Jean-Talon, elle vacille entre ses contrats d’ingénieur du son, et ses tournées en France. Son prochain album, le sixième, enregistré entre la France et Montréal, sortira en novembre prochain avec comme titre “Déprime & collation”, soit la traduction du nom de son bar préféré, Snack&Blues, situé sur le boulevard Saint-Laurent.

La chanteuse MeLL, de Lorraine, elle aussi.
La chanteuse MeLL, de Lorraine, elle aussi.

Par soucis du voisinage, la soirée se termine à 20h, après un dernier show de l’éléctrisante MeLL.

Le soleil se couche au loin. Chacun vient remercier Chloé, pour ce moment partagé en petit comité. «Tu vois, c’est ça que je veux, me dit Chloé, que les gens rentrent heureux de cette soirée unique, heureux d’avoir découvert de la bonne musique, et d’avoir partagé un bon moment» sous le soleil de Montréal, privé de rien, avec l’envie de tout.

Captation réalisée avec Alan Scaviner

 

Joséphine Van Glabeke

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